Recommandations sanitaires pour les voyageurs 2004. (extrait du BEH de l'Institut de Veille Sanitaire InVS)


La diarrhée est le problème de santé qui affecte le plus fréquemment les voyageurs, son taux d’attaque pouvant dépasser les 50 % dans certaines études. Il s’agit généralement d’un épisode diarrhéique aigu bénin, spontanément résolutif en un à trois jours, mais qui peut être particulièrement inconfortable en voyage. Secondaire à une contamination d’origine plus souvent alimentaire qu’hydrique, la diarrhée du voyageur ou turista est due en majorité à des infections ou toxi-infections bactériennes (E. coli enterotoxinogène venant en tête des germes causals). C'est en séjournant dans les pays à faible niveau d'hygiène que les voyageurs en provenance des pays industrialisés sont le plus exposés au risque de diarrhée. L'incidence est influencée par la saison, la pathologie pré-existante du voyageur et son comportement alimentaire. La prudence recommande d'éviter l'ingestion d'aliments et de boissons à risque (crudités ou aliments cuits consommés froids, même conservés au réfrigérateur, eau locale non embouteillée et glaçons). Il n'y a pas encore de vaccin disponible contre la diarrhée du voyageur. La chimioprophylaxie est déconseillée, à l'exception de situations particulières. Le traitement curatif est souvent un auto-traitement pour lequel il est pratique de disposer de médicaments dont on se sera muni avant le départ. Les formes légères de l'adulte peuvent être atténuées et écourtées par la prise de lopéramide. Une antibiothérapie n'est indiquée que dans les formes moyennes ou sévères, fébriles, ou, éventuellement, quand la diarrhée est particulièrement gênante, au cours d'un déplacement par exemple. La préférence doit alors être donnée à une fluoroquinolone (contre-indiquée chez l'enfant et en cas d'antécédents de tendinopathie avec une fluoroquinolone), en traitement bref de 1 à 3 jours, en 2 prises quotidiennes ou en une prise unique initiale à double dose. Pour éviter ou corriger la déshydratation, particulièrement à craindre pour les jeunes enfants et les personnes âgées, il est important de boire abondamment et, si la diarrhée est profuse, d'utiliser des sels de réhydratation orale (sachets ou comprimés à diluer). Le lopéramide est contre-indiqué et une consultation médicale est recommandée : chez l'enfant de moins de 2 ans dans tous les cas, et aux autres âges dans les formes moyennes ou sévères, fébriles ou avec selles glairo-sanglantes, ou prolongées au-delà de 48 heures. En cas de diarrhées dans un groupe de voyageurs, il est indispensable, pour empêcher l’extension d’une « épidémie de gastro-entérites », de renforcer les mesures d’hygiène (la suppression des poignées de mains et surtout le lavage des mains avant les repas mais aussi éventuellement lavage des boutons ou poignées de portes et des surfaces potentiellement contaminées). En effet, si les premiers cas sont dus à une intoxication d’origine alimentaire, les suivants sont, en revanche, souvent des cas secondaires attribuables à une dissémination manu portée des germes. MESURES D’HYGIÈNE ET PRÉCAUTIONS GÉNÉRALES (en milieu tropical mais pas uniquement) HYGIÈNE ALIMENTAIRE (prévention de la diarrhée des voyageurs, de l’hépatite A, de l’amibiase...) se laver souvent les mains, avant les repas et toute manipulation d'aliments, et après passage aux toilettes. En l'absence d'eau ou de savon on peut utiliser un gel ou une solution hydro-alcoolique. ne consommer que de l'eau en bouteille capsulée (bouteille ouverte devant soi) ou rendue potable (filtre portatif et ébullition 5 minutes à gros bouillons, à défaut, un produit désinfectant à base de DCCNa, dichloroisocyanurate de sodium). Les glaçons et glaces doivent être évités. Le lait doit être pasteurisé ou bouilli. peler les fruits. Eviter les crudités, les coquillages, les plats réchauffés. Bien cuire les viandes et les poissons d'eau douce. Se renseigner localement sur les risques de toxicité des poissons de mer (ciguatera). HYGIÈNE CORPORELLE ET GÉNÉRALE (prévention des myiases, larbish, anguillulose, ankylostomoses, bilharzioses, infections cutanées...) Éviter de laisser sécher le linge à l'extérieur ou sur le sol (risque de myiase), à défaut le repasser entièrement. Ne pas marcher pieds nus sur les plages. Ne pas s’allonger à même le sable (risque de larbish). Porter des chaussures fermées sur les sols boueux ou humides. Ne pas marcher ou se baigner dans les eaux douces. Ne pas caresser les animaux, ne pas jouer avec eux, consulter rapidement en cas de morsure ou de griffure. Ne pas rapporter d’animaux domestiques ou sauvages, sauf s’ils répondent aux conditions réglementaires d’importation (espèces dont le commerce est autorisé, statut sanitaire et vaccinal faisant l’objet d’un certificat officiel). Les animaux peuvent transmettre à l’homme des maladies graves, dont certaines sont mortelles. Ils peuvent ne pas exprimer eux-mêmes la maladie ou être malades après une incubation longue, c’est le cas par exemple de la rage d’importation : une chauve-souris d’Égypte en 1999, un chiot du Maroc en 2001. EXCURSIONS EN ALTITUDE (supérieure à 3 000 mètres) Les excursions en altitude doivent faire l’objet d’un avis médical spécialisé avant le départ.